Bilan & perspectives

 

PublicitŽ Qui-vive (12 dŽcembre 2013)

 

Les sŽances Qui-vive Žpousent le rythme des saisons : lĠhiver est lˆ, et voici donc notre quatrime sŽance qui parachve cette premire annŽe.

Nous entamerons, au printemps prochain, notre seconde annŽe puisque le CinŽ 104, par la gŽnŽrositŽ de son Directeur Jacky Evrard, accepte de nous accueillir ˆ nouveau en 2014 – vous trouverez sur notre programme les quatre dates retenues.

Profitons de ce moment pour ressaisir notre travail, nos orientations et pour dessiner nos perspectives.

 

Ces sŽances veulent inventer un lieu, inventer une forme pour ce lieu. Pour cela, nous sommes partis dĠun croisement possible entre deux formes hŽritŽes : celle de lĠancienne sŽance du cinŽma, celle de la revue parlŽe.

Vous le savez : cette initiative procde elle-mme dĠun croisement : dĠune rencontre entre un cinŽaste et un musicien, qui tous deux pratiquent leur art avec une certaine rŽflexivitŽ et se sont dotŽs dĠune certaine expŽrience militante.

CĠest dire que ces sŽances sont originellement marquŽes par lĠidŽe de rencontres entre diffŽrents arts et par lĠhypothse que de telles rencontres peuvent accompagner lĠŽmergence Žventuelle – ailleurs que dans ces sŽances -  dĠune politique Žmancipatrice.

 

DŽtaillons sept points, dŽgagŽs de lĠexpŽrience de cette premire annŽe, qui fibrent notre travail commun.

Entrelacer

Il sĠagit dĠabord dans ces sŽances dĠentrelacer diffŽrentes composantes – les dix composantes dĠun quart dĠheure qui constituent notre sommaire.

Entrelacer, non pas synthŽtiser ou fusionner, ni mme mŽlanger et mixer (comme on va le voir tout ˆ lĠheure, la mathŽmatique va pouvoir nous instruire sur ce quĠentrelacer veut dire).

Il sĠagit donc ici dĠentrelacer diffŽrentes propositions artistiques (relevant du cinŽma, de la musique, de la poŽsie, du thŽ‰tre, de la danse, de la photographie, pourquoi pas de la peinture et de lĠarchitecture), mais aussi des propositions sur les gens qui partagent ce monde, des propositions mathŽmatiques et des propositions sur cet amour homme-femme qui reste indŽfiniment Ç ˆ rŽinventer ÈÉ

 

En vŽritŽ, dans nos sŽances, lĠentrelacement prend une double forme : non seulement entre nos dix composantes mais Žgalement ˆ lĠintŽrieur de certaines dĠentre elles (celles, par exemple, qui entrelacent film, musique et texte).

Qui dit entrelacement - cĠest-ˆ-dire solidarisation globale de discours restant relativement autonomes - dit rencontres, croisements, confrontations, coopŽrations et donc expŽrience dĠune pluralitŽ : a minima duel ou dualitŽ  dĠun art et dĠun autre art.

Laboratoire

DĠo notre second point : ces sŽances constituent un laboratoire pour des rencontres et entrecroisements.

-   un laboratoire dĠabord pour ceux qui y interviennent : ces sŽances ne se veulent pas un lieu o prŽsenter des travaux achevŽs, des Ïuvres abouties – cela peut bien sžr arriver, mais cĠest lˆ une dimension accessoire du lieu que nous tentons de former - ; ces sŽances veulent surtout constituer un lieu o expŽrimenter de nouvelles formes, des idŽes neuves et, si possible, les expŽrimenter dans un croisement et une coopŽration entre gens dĠhorizons et expŽriences diverses ;

-   il sĠagit Žgalement que ces sŽances constituent un laboratoire pour ceux qui, comme vous, assistent ˆ ces sŽances car la nouveautŽ de notre projet se dŽploie Žgalement de ce c™tŽ de la salle constituŽ par les gradins o nous sommes assis.

Nous ne voulons pas en effet vous offrir un spectacle proprement dit, fut-il variŽ, rythmŽ et inventif. Certes, nous prŽparons la sŽance aussi soigneusement que possible, mais nous nĠessayons pas de la diriger dans le dŽtail - dĠailleurs aucun de nous, avant la sŽance, ne conna”t dans le dŽtail lĠintŽgralitŽ de ce qui y sera finalement prŽsentŽ (nous ne procŽdons ainsi ˆ aucune rŽpŽtition gŽnŽrale). Notre direction sĠattache ˆ exhausser la responsabilitŽ individuelle de qui accepte de prŽsenter ici son travail de lĠheure en sorte quĠune fois lĠorientation gŽnŽrale arrtŽe en commun, ce soit bien le responsable de la rubrique qui dŽcide de tout !

Par contre, nous nous attachons ˆ rythmer et varier la sŽance, tout en rŽcusant lĠidŽe dĠun thme directeur qui traverserait les diffŽrents numŽros : nous tenons ˆ prŽserver une diversitŽ et mme une hŽtŽrogŽnŽitŽ des soucis et pratiques prŽsentŽs au fil dĠune soirŽe.

Un public de participants

Troisime point : en travaillant ainsi, nous composons les conditions de possibilitŽ dĠun Žventuel entrelacs mais lĠopŽration effective dĠentrelacement entre les dix composantes de la soirŽe aura seulement lieu pendant la sŽance ; autant dire que cette opŽration reste essentiellement ˆ la charge de chaque participant.

Il va dĠailleurs de soi – et lĠexpŽrience des trois premires sŽances lĠa confirmŽ – que si entrelacs il doit y avoir pour tel ou tel, ce tressage sera alors partiel (il ne concernera pas toutes les rubriques), pluriel (il se fera ˆ partir de deux ou trois brins, liŽs aux deux ou trois prŽoccupations diffŽrentes qui auront ŽmergŽ de la sŽance), et variable (selon les sensibilitŽs et personnalitŽs propres des gens du public).

Cette diversitŽ nous semble essentielle et nous ne visons aucunement ˆ la rŽsorber.

CĠest dire que chacun de vous constituez en fait un opŽrateur produisant un entrelacs spŽcifique plut™t que le simple spectateur dĠune synthse dŽjˆ toute faite.

En ce sens, chacun de vous, se rendant en connaissance de cause ˆ ces sŽances Qui-vive, a dŽjˆ fait le geste de sortir de la caverne obscure dŽcrite par Platon ; il ne sĠagit donc nullement ici dĠune didactique encourageant un supposŽ spectateur passif ˆ devenir, le temps dĠune sŽance, participant actif. Il sĠagit au contraire de prŽsenter, ˆ un collectif improbable et hasardeux, un moment dĠactivitŽ partagŽe – celui que nous indexons du terme gŽnŽrique dĠentrelacement.

Comment chacun de vous opre ou nĠopre pas ce type dĠentrelacement ? Il nous faut mieux le comprendre et cĠest pour cela que nous vous distribuons un questionnaire que nous vous invitons ˆ remplir ultŽrieurement.

Une salle sans scne

Une condition ˆ nos yeux importante pour quĠil puisse y avoir entrelacement par le public – et cĠest lˆ notre quatrime point - est de refuser la constitution dĠune scne qui viendrait partager la salle en deux parties disjointes : dĠun c™tŽ celle de la reprŽsentation et dĠun autre c™tŽ celle des spectateurs. DĠo lĠintŽrt ici dĠune salle de cinŽma o le mur vertical de lĠŽcran et le plateau horizontal (celui dĠo nous vous parlons actuellement) ne composent pas, par leur produit, un volume sŽparŽ – la scne classique des salles de thŽ‰tre ou dĠopŽra. Ici lĠespace de la salle reste dĠun seul tenant, sans rampe faisant frontire entre scne et public, espace unique sommant un Žcran, un plateau et des gradins o sĠasseoir.

Nous tenons aussi ˆ ce que cette salle ne soit pas, dĠun bout ˆ lĠautre, plongŽe dans lĠobscuritŽ, une obscuritŽ qui partagerait ˆ nouveau systŽmatiquement la salle en deux parties disjointes : une partie ŽclairŽe pour un spectacle, une partie obscure pour les spectateurs. Bien sžr, certaines rubriques – la projection des films – appellent naturellement  une telle obscuritŽ ou pŽnombre pour que leur mode de prŽsentation ait une meilleure efficacitŽ sensible mais dĠautres, au contraire, ont besoin de la pleine lumire – la leon de mathŽmatiques, par exemple, mais pas seulement elleÉ

CŽrŽmonie

En effet – et cĠest lˆ notre cinquime point -, nous dŽcouvrons, au fil de notre travail pour produire une sŽance aprs lĠautre, quĠune idŽe secrte chemine au travers de cette succession de rendez-vous trimestriels : celle de faire cŽrŽmonie du collectif rassemblŽ dans cette salle le temps dĠune soirŽe.

Nous lĠavons dŽjˆ dit : le collectif que nous formons ici chaque soir est improbable et hasardeux. Aucun de nous ne conna”t prŽcisŽment lĠensemble de ceux qui le compose, et cette composition est essentiellement ŽphŽmre : il nĠy a pas dĠabonnement ˆ ces sŽances ; pas de cartes et pas dĠencartement ˆ Qui-vive. Vient qui veut, revient qui veut. Ainsi, le collectif que nous formons par exemple ce soir comporte une dimension gŽnŽrique : il constitue un petit dŽtachement prŽlevŽ dans lĠhumanitŽ qui peuple ce coin du monde, qui lĠhabite ou le traverse.

Nous nous attachons ˆ traiter notre public dĠopŽrateurs comme dŽtachement gŽnŽrique mme si dans les faits il ne lĠest pas entirement – il est clair que les gens venus ce soir partagent des traits communs qui, malgrŽ tout, les diffŽrencient des autres, ne serait-ce que celui dĠavoir ŽtŽ informŽ de la tenue de cette soirŽe par quelque proximitŽ naturelle avec lĠun des intervenants ! Mais il nous semble intŽressant de traiter ce collectif non comme communautŽ identifiable par quelques traits spŽcifiques mais bien comme dŽtachement tendanciellement gŽnŽrique. Il ne sĠagit dĠailleurs pas ici ˆ proprement parler dĠorganiser quelque nouveau groupe ou association stable sur la base dĠune unitŽ programmatique. Il sĠagit seulement dĠŽprouver lĠhypothse dĠun partage possible, le temps dĠune soirŽe, dĠune mme expŽrience.

Pour consolider cette hypothse, une part dĠautoreprŽsentation du collectif ainsi hasardeusement rassemblŽ nous semble importante ; et cĠest aussi ˆ cela que doivent contribuer les moments de pleine lumire dans la salle, comme ceux o lĠintervention se fait depuis les gradins, tout comme dĠailleurs le moment partagŽ de lĠentracte : permettre ˆ chacun de voir ce collectif comme tel, sa composition diverse, son mode dĠexistence ˆ la fois fragile (il se disperse sans recours ds la sŽance finie) et temporairement assurŽ par le travail de coparticipation quĠimplique dĠassister ˆ une telle soirŽe.

Les gens

Sixime point : comme nous lĠavons dit, lĠentrelacs projetŽ dans ces soirŽes nĠest pas seulement entre diffŽrents arts mais doit aussi pouvoir se tresser avec dĠautres composantes du monde o nous vivons, du monde commun aux cinŽastes, musiciens, potes, danseurs mais aussi aux participants plus anonymes qui sĠinstallent, le temps dĠune sŽance, dans ces fauteuils.

De ce monde commun, nous prŽsentons deux composantes que nous appelons respectivement Ç gens dĠici È et Ç gens dĠailleurs È.

Quelques Žclaircissements sur ces deux rubriques car elle concerne le rapport entre ces sŽances et la question politique aujourdĠhui – on pourrait Žgalement dire quĠelle concerne le rapport entre notre collectif fugace et les collectifs plus stables que notre monde en plein bouleversement gŽnre chaque jour dans les diffŽrents pays et continents du globe.

Nous privilŽgions dans nos sŽances la prŽsentation de gens – si possible leur autoprŽsentation – plut™t que celle dĠidŽes plus gŽnŽrales (dĠordre historique, philosophique, etc.). En effet nous nous attachons ici ˆ une prŽsentation sensible des idŽes plut™t quĠen intellectualitŽ. Ainsi dans nos deux rubriques - gens dĠici et dĠailleurs, il sĠagit de prŽsenter les gens et leurs idŽes sur le monde plut™t que quelques idŽes sur ces gens.

Pour Žlargir, diversifier et actualiser cette rubrique Ç gens dĠici È, nous allons lancer des enqutes Qui-vive sur ce qui se passe aujourdĠhui dans la partie de ce monde qui nous est plus immŽdiatement accessible par la distance, la langue et lĠŽtat des frontires. Nous comptons organiser de petites Žquipes, rapides et mobiles, camŽra, micro et crayon en mains, allant monter des rubriques de quinze minutes sur tel mouvement, tel collectif ou telle personne. Bien sžr, nous privilŽgierons les affirmations contemporaines, quĠelle soit celle dĠune droiture individuelle maintenue envers et contre tout, dĠun patient travail collectif pour faire vivre ici et maintenant quelque principe susceptible de faire barrage au nihilisme envahissant, de la levŽe soudaine dĠun mouvement venant faire brche dans le consensus citoyen et colonial de ce pays.

Ce petit travail dĠenqute visera ˆ alimenter notre rubrique Ç Gens dĠici È. Nous proposons dĠy associer qui le souhaitera.

Vous lĠaurez compris : notre distinction de lĠici et de lĠailleurs est sans vŽritable portŽe conceptuelle : elle relve dĠune simple commoditŽ de nomination et ne procde pas dĠune dŽtermination ˆ proprement parler politique des situations, de ce qui peut ou non, diffŽrencier dans notre monde, un ici et un ailleurs. Ce point indique quĠune Žventuelle politique susceptible dĠŽmerger des temps ˆ venir nĠest sans doute pas prŽsentable comme telle dans le cadre de nos sŽances.

Politique

DĠo notre septime et dernier point qui concerne le rapport de nos soirŽes et donc de nos collectifs ŽphŽmres avec la politique et ses propres collectifs stables.

En vŽritŽ, la politique fait trou dans notre dispositif et il ne conviendrait nullement, nous semble-t-il, de tenter de le boucher par quelque artifice : tout au contraire, il vaut mieux que ce trou dans nos sŽances puisse opŽrer comme appel dĠair.

Conclusion provisoire en la matire (provisoire puisque, tel lĠimprobable couple dĠUlysse et dĠƒnŽe, nous sommes en marche, cherchant notre but plut™t que le poursuivantÉ) : lĠentrelacs Qui-vive, renouvelŽ ˆ chaque sŽance, configure peut-tre en son centre un vide, un trou, un point de tirage pour rŽinventer, ailleurs quĠici dans la salle du CinŽ 104, une politique Žmancipatrice de notre temps et de notre monde –, une absence centrale que le diagramme global suivant tente de fixer.

 

 

Nous vous souhaitons donc, chers co-opŽrateurs de cette sŽance, une soirŽe de fructueux entrelacs !

 

*