Billet de Laurent Cauwet

(sŽance Qui-vive du 28 fŽvrier 2013)

 

Pour moi, lĠŽdition, cĠest prendre, juste, la mesure du prŽsent, par lĠŽcoute attentive du monde, par lĠŽcoute de ses langues restituŽes et/ou rŽinventŽes : Ç Nous partons dĠun postulat : le monde entier peut tre lu ; en vertu de ce postulat, au lieu de penser et traduire le monde, nous le restituons È, disait Julien Blaine en 1969.

 

Ç Impossible È est un mot que je nĠutilise jamais. Pour ma part, je considre quĠimpossible doit rester impossible. Car impossible est un mot inventŽ pour travailler la sŽparation des gens entre eux. Ë impossible, je prŽfre substituer le mot Ç difficile È. Car Ç difficile È signifie Ç possible È. Et Ç possible È prend toujours un Ç s È.

Ç On È ne force pas de portes. Ç On È fait ce quĠon a ˆ faire. Si des forces se construisent contre, si des portes se referment contre, alors il est toujours intŽressant de rŽflŽchir pourquoi, et il est toujours temps de vivre, donc de rŽagir en consŽquence.

 

Concernant plus spŽcifiquement mes choix Žditoriaux, il en est de la dŽcouverte des textes comme de la rencontre des gens. Les textes sont des expŽriences, comme les gens. Donc pas de recettes. Pas de schŽma idŽal. Surtout pas.

Ë ce propos, une prŽcision : la poŽsie est un schŽma. Je ne suis donc pas Žditeur-de-poŽsie. Mme si je revendique lĠespace poŽtique.

 

Mes choix Žditoriaux ne procdent pas dĠun supposŽ Ç tri È ni dĠune supposŽe Ç prise de risques È. Lorsque je pense quĠil peut tre intŽressant de commencer une discussion avec un auteur – discussion qui, en gŽnŽral, est ponctuŽe par un ou des gestes Žditoriaux –, ce qui prŽside ˆ ce geste nĠest pas le calcul des risques mais le dŽsir sans calculÉ

Mon attention porte sur des paroles singulires qui, si elles participent de cet espace poŽtique que je revendique, ne sont pas forcŽment identifiables comme Ç poŽsie È. Mon attention porte sur des Žcritures qui, par leur dimension critique, peuvent tre apprŽhendŽes comme de nouveaux outils rŽflexifs. 

Pour moi, les notions de Ç courant È ou Ç dĠŽcole È nĠexistent pas au prŽsent – autrement quĠimposŽes, pour des raisons marchandes ou des raisons de pouvoir, par des journalistes, des Žditeurs, ou des universitaires.

 

DĠici, cĠest-ˆ-dire de lˆ o je parle, je ne cherche rien. Je veux dire : je vis ma situation au monde, je fais au moins pire mon mŽtier de vivre ; cela demande un travail de mise ˆ jour constante des donnŽes que mĠenvoie le monde ; ce travail est un plein temps et cĠest le seul que jĠaccepte volontiers car ce nĠest pas un travail mais une pratique, et cĠest une pratique qui me lie aux gens. Je veux dire que, de lˆ o je suis et de lˆ o je parle, cĠest la seule pratique humainement viable que je me suis inventŽe pour me lier heureusement aux gens. Lire mĠaide ˆ fabriquer les outils me permettant ce travail de mise ˆ jour ; publier mĠouvre ce dialogue nŽcessaire avec les gens. Car, et cĠest important, tous les gens, quĠils lisent ou ne lisent pas, sont des lecteurs. 

Ë partir de lˆ, je pars toujours du principe que ce que je ne trouve pas ˆ lire ne peut quĠexister, puisque jĠen ai besoin. Et si jĠen ai besoin, je ne peux tre le seul ˆ en avoir besoin. Et si nous sommes un certain nombre ˆ avoir un besoin (quelque soit le nombre : deux est dŽjˆ un chiffre apprŽciable) pour que lĠŽchange soit plus prŽcis, plus juste et plus vivant, alors cĠest que a existe. Si ce nĠest pas encore publiŽ alors je le publie puisque cĠest une condition sine qua non pour que lĠŽchange avec lĠautre, cĠest-ˆ-dire le monde, ait lieu.  

 

Si je ne mĠintŽresse gure aux notions dĠŽcole et de mouvement, je suis beaucoup plus sensible ˆ celle, plus intŽressante me semble-t-il, de constellation. Car les points qui lient les auteurs (connivences, proximitŽs, conjonctions gŽnŽalogiques, parentŽs formelles, mais Žgalement disjonctions, heurts, rivalitŽs) sont autant de points de liaisons qui dessinent cette constellation mouvante.

Et cette constellation, cĠest, en quelque sorte, la carte dĠune fire offensive contre la btise, lĠalliance du sensible et de lĠintelligence contre la barbarie, le laboratoire o sĠinventent les paroles non encore apprivoisŽes, celles qui nous permettent de rŽflŽchir autrement notre prŽsent.

CĠest Žgalement les limites fluctuantes dĠun espace essentiel, celui dĠun prŽsent de la pensŽe en mouvement, celui dĠun dŽbat ouvert entre auteurs o les lecteurs sont conviŽs ˆ participer.

 

Le prŽsent se donne pour moi en urgence et, parce que je vis dehors, toujours dehors, je dirai que le prŽsent revt les formes dĠune guerre sociale. Ce nĠest pas nouveau. Simplement cette guerre est dĠune violence renouvelŽe. 

Ne pas prendre parti nĠexiste pas. La pratique de lĠŽdition est lĠune des faons de prendre parti. Certainement pas la plus spectaculaire, certes. Mais encore une fois, lĠimportance dĠun geste ne se mesure pas ˆ sa spectacularitŽ.

 

Si vous me demandiez dĠarticuler articuler la question poŽtique et la question politique, je citerais dĠabord Sylvain Lazarus :

Ç Je vais ici parler en mon nom. LĠauteur de ce livre est un militant. CĠest un ouvrage sur la politique dont lĠenjeu est de penser la politique ˆ partir dĠelle-mme. Ma thse est quĠelle relve dĠune pensŽe propre, singulire en chaque sŽquence. Car, selon moi, la politique nĠest pas de tout temps et en tous lieux, elle est rare, elle est sŽquentielle – elle commence et elle cesse : il y a des modes historiques de la politique. Durant une sŽquence la politique invente ses propres catŽgories, lesquelles entrent en pŽremption quand la sŽquence sĠachve. È

Et je citerais ensuite StŽphane Nowak Papantoniou :

Ç a a commencŽ a a pas encore commencŽ

a a dŽjˆ commencŽ alors que pas encore commandŽ

cĠest commandŽ pas commandŽ pas encore commandŽ

cĠest dessus cĠest dessous cĠest sans peine

cĠest dans lĠombre pas dans lĠombre pŽnombre

recommandŽ

cĠest un recommandŽ ˆ trouver

un accusŽ de rŽception oui

voilˆ a a commencŽ par un accusŽ de rŽception

a a commencŽ par un rŽcŽpissŽ

une accusation

dont on nĠa pas trouvŽ lĠintitulŽ

cĠest en train de commencer

a a commencŽ par une pomme

et puis aprs un moignon

et juste aprs un trognon. È

 

Il sĠagit, pour le premier, des premires lignes de la quatrime de couverture de son livre LĠIntelligence de la politique.

Il sĠagit, pour le second, de la quatrime de couverture de son livre Tuberculaires et Tentaculeux.

PrŽcision : dans les deux cas, ces quatrimes de couverture sont Žcrites par les auteurs eux-mmes.

Je cite ces deux auteurs, parce que jĠai travaillŽ ces deux livres au mme moment. LĠun est sorti ce mois-ci (cĠest-ˆ-dire aujourdĠhui, en fŽvrier), lĠautre sortira le mois prochain (cĠest-ˆ-dire demain, en mars).

Lecteur, jĠai besoin de lĠinvention de la politique par un Sylvain Lazarus qui mĠaide ˆ repenser les catŽgories politiques. Et jĠai besoin de la rŽinvention de la langue dĠun StŽphane Nowak Papantoniou qui mĠaide ˆ tre vigilant quant aux mutations de la langue et sensible ˆ ses possibles.

JĠai besoin des deux pour forger mes propres outils de pensŽe. CĠest un peu ce qui se joue dans la revue Attaques o se c™toient des textes poŽtiques de Manuel Joseph, de Jann-Marc Rouillan ou de Sylvain Courtoux, des textes philosophiques dĠAlexandre Costanzo ou de Bernard Aspe, des textes rŽflexifs de Faraj Bayrakdar ou de Mustapha Benfodil, des interventions de plasticiens comme Lean-Luc Moulne et ƒric Madeleine, etc. Ç Quand tout se modifie, comment nous serait-il possible dĠexprimer ces modifications avec un langage inchangŽ ? È disait Julien BlaineÉ en 1968. 

Je ne demande pas ˆ la poŽsie dĠtre politique, ce qui ˆ mon sens serait une ineptie. Mais il y a une lecture politique de la poŽsie.

Quant aux liens entre politique et poŽtique, pour conclure lˆ-dessus je me souviens dĠune phrase dĠOscarine Bosquet, prononcŽe lors dĠun mini-dŽbat ˆ La Ciotat sur le sujet : Ç on ne peut pas tre juste si on n'ancre pas le politique dans l'intime È. 

 

Y a-t-il une invention dans le travail dĠŽditeur ?

Pour rŽpondre ˆ cette question, je donnerai une anecdote : un jour, une auteure (Laurence Denimal) a voulu que la sŽquence de la fabrication de son livre soit dans le texte que je devais publier. Il fallait pour cela le vivre. Nous avons donc ŽtŽ ensemble chez lĠimprimeur et, pendant que la machine offset imprimait les pages intŽrieures de son livre, elle a pris des notes, empruntŽ un ordinateur sur place et finit son rŽcit directement dans la maquette de la quatrime de couverture, avec les ouvriers de lĠimprimerie autour dĠelle qui lui posaient des questions sur son Žcriture. Le point final du rŽcit a ŽtŽ posŽ alors que le livre Žtait dŽjˆ imprimŽ, que le photograveur attendait les fichiers pour fabriquer les plaques offset de la couverture, et que des lecteurs, qui Žtaient les ouvriers qui Žtaient entrain de fabriquer ce livre, parlaient dŽjˆ entre eux de ce quĠils avaient lu !

Il y a autant de faon de travailler que dĠauteurs. Je dirai mme quĠil y a autant de faon de travailler que de textes. Comme il y a autant de relations possibles ˆ inventer que de gens ˆ rencontrer. Ë chaque fois, ce quĠil y a ˆ inventer, cĠest lĠinvention.

 

Lorsque Christian Prigent dit : Ç la poŽsie peut peu È, il dit dĠabord : la poŽsie peut ! Et cĠest ce peut qui est important ! Quant au peu qui suit le peut, il existe dans toute son ampleur de rŽsidu posŽ, et cĠest aussi lˆ de lĠimpact sur le rŽel ! Les deux - Peut et peu - sont. Donc la poŽsie est (si vous voulezÉ).

Je ne vois aucune autre perspective que ce que jĠai ˆ faire et que ce que jĠai envie de faire.

 

Je pars du principe que lĠexpŽrience dŽsapprend – elle ouvre, amne ˆ une certaine nuditŽ, ou disponibilitŽ, comme on veut. Et cĠest en cela que lĠexpŽrience est vitale. Il en est de mme avec lĠŽcriture. On devient de plus en plus sensible ˆ ce qui Žmarge des formalismes – de tous les formalismes, mme – et surtout – ceux qui se revendiquent des avant-gardes.

Ce qui mĠintŽresse, ce sont les failles, les trouŽes, les aspŽritŽs par o passe lĠindocilitŽ du langage. Ce que jĠappelle les zones dĠinconfort. Ce sont autant de brches par o la pensŽe peut sĠexprimer dĠune faon dŽbridŽe, audacieuse, inŽdite – voire malhabile, quĠimporte. ‚a se vit avec des auteur(e)s qui sont dans le mme Žlan, quel que soit leur ‰ge. Comme disait Saint-Just, Ç Je pense que nous devons tre exaltŽs È.

 

Il y a trois faons de pratiquer lĠŽdition :

1.    Comme un hobby : on fait les livres que lĠon aime, on imprime peu, et on diffuse dans un espace restreint de lecteurs fidles et repŽrŽs - avec la sŽcuritŽ matŽrielle offerte par ailleurs (enfin, quand tout va bienÉ). CĠest en gŽnŽral le schŽma adoptŽ dans ce quĠon appelle la petite ou la micro-Ždition. Cet espace Žditorial est extrmement important : il permet ˆ des textes non formatŽs pour lĠŽdition classique dĠexister malgrŽ tout. Al Dante doit ŽnormŽment ˆ cet espace-lˆ. 

2.    Comme un travail. La dimension Žconomique est alors importante. LĠŽditeur se doit de lier, dĠune faon ou dĠune autre, production livresque et rentabilitŽ. Ce quĠon appelle communŽment un Ç bon Žditeur È est celui qui arrive ˆ trouver les stratŽgies permettant dĠimposer ce qui serait un Žquilibre entre qualitŽ Žditoriale et marge bŽnŽficiaire. ‚a reste pour moi un mystre.

3.    Comme une pratique : on travaille avant tout lĠespace Žditorial, en dŽcidant que la dimension Žconomique ne doit pas plier cet espace - ce qui signifie : accepter dĠtre dans une aberration Žconomique complte. Dans ce quĠon appelle lĠŽdition de crŽation (cĠest en gŽnŽral dans cette catŽgorie quĠon range Al Dante), difficile dĠimaginer dĠagir autrement, puisquĠil nĠy a pas de lectorat dŽfini.

Mais lĠinsŽcuritŽ nĠest jamais un choix. Ë lĠextrme limite, on peut dŽcider de sĠen foutre, en dernier ressort, lorsquĠil ne semble plus y avoir dĠautre solution. Sur un mur, jĠai lu : Ç LĠŽconomie est malade ? QuĠelle crveÉ È. Je suis dĠaccord.

 

Je conserve beaucoup dĠintŽrt pour ce que jĠai dŽjˆ ŽtŽ publiŽ ; plus que de lĠintŽrt : cela fait partie intŽgrante de mon parcours, chaque livre (ou presque) Žtant une page de lĠhistoire dĠAl Dante, histoire qui peut se retrouver dans ce qui se publie aujourdĠhui. Il y a autant de liens entre les livres publiŽs ce mois-ci quĠentre les livres dĠaujourdĠhui et dĠhier, et encore dĠavant. Je pars du principe que le sens dĠun livre prend de lĠampleur et gagne en prŽcision au contact dĠun autre livre, que la contemporanŽitŽ dĠun texte est renouvelŽe gr‰ce ˆ sa relecture ˆ lĠaune de nouveaux textes.

Par contre je ne garde rien. Sauf ˆ de trs rares exceptions, lorsque le livre est imprimŽ, je jette les manuscrits, ne garde pas les Žtapes successives du travail et me dŽbarrasse des jeux dĠŽpreuves. Il ne faut pas compter sur moi pour nourrir les recherches des adeptes de la critique gŽnŽtique !

RŽcemment, jĠai envoyŽ ˆ une lectrice attentive mon exemplaire de travail de LĠABC de la barbarie de Jacques-Henri Michot (livre publiŽ en 1998, et que nous allons rŽŽditer en 2013). Je ne pouvais le vendre, car il Žtait trop ab”mŽ ! Ce geste de mise en circulation du dernier abc a ŽtŽ un grand moment de joie pour moi.

Et puis il importe dĠtre le plus lŽger possible. Avec le minimum de bagages. PossŽder le moins possible. Rien est le mieux. Ne pas tre encombrŽ. Pour tre le plus disponible ˆ ce qui peut arriver...

 

Je ne crois pas que la contemporanŽitŽ dĠun geste poŽtique soit contingent de sa date de conception. Alors que tout le monde aujourdĠhui parle de poŽsie sonore, je ne connais pas beaucoup de rŽalisation qui arrive ˆ la modernitŽ dĠun Carrefour de la ChaussŽe dĠAntin ou dĠun Couper nĠest pas jouer, pour ne citer que ces deux pices sonores de Bernard Heidsieck.

De mme, alors quĠil y a une mode Žmergente aujourdĠhui des jeux typographiques en tous genres, essayez de trouver des gestes poŽtiques qui allient ˆ ce point la simplicitŽ et la complexitŽ de la poŽsie concrte des frres de Campos (quĠil sĠagisse dĠHaroldo ou dĠAugusto) o lĠextrme rigueur de lĠŽcriture permet une multiplication des champs sŽmantiques quĠon ne trouve que trs rarement dans la production poŽtiques actuelle, qui pourtant se revendique de la poŽsie visuelle (mais trop souvent sĠapparente ˆ de simples ruses dĠapprentis publicistes) !

 

Ceci dit, il mĠest arrivŽ (mais rarement) de faire quelques incursions dans le patrimoine littŽraire, simplement parce quĠil manquait quelques outils dans nos bibliothques. CĠest ainsi que jĠai publiŽ De la crŽatique dĠIsidore Isou. Car cĠŽtait le cha”non manquant pour mieux comprendre le lettrisme. Ou lĠanthologie de la Beat Generation, car je me rendais compte que, malgrŽ la profusion des gestes crŽatifs basŽs sur la notion de collage ou de montage, presque personne ne savait que le cut-up avait ŽtŽ inventŽ par Brion GysinÉ

Mais effectivement, cela a priori nĠest pas mon boulot.

Ou alors – et lˆ a redevient mon aventure – il y a Žgalement le cas de figure o un jeune auteur sĠempare dĠun texte du patrimoine littŽraire et arrive ˆ le faire parler autrement, ˆ lui donner une lecture nouvelle qui en rŽvle toute la modernitŽ insouponnŽe. Il en est ainsi de lĠexcellent travail de colorisation (et dĠappareillage critique) des Nouvelles Impression dĠAfrique de Raymond Roussel par Jacques Sivan.

 

Vous me parlez dĠune note (et vous amusez du mot Ç Žtabli È), terminant le livre Calligrammes & compagnie, etc., qui prŽcisait qu'avec ces gestes poŽtiques singuliers Ç nous ne sommes plus dans un musŽe, ni dans un livre, mais dans un atelier, le pote et le lecteur Žtant du mme c™tŽ de l'Žtabli È. Cet ouvrage est une anthologie de poŽsie visuelle typographique, qui regroupe des gestes poŽtiques de 1905 ˆ 2010 (date de publication du livre), de toutes les nationalitŽs. Nous sommes ici dans une poŽsie non linŽaire, mais qui se lit comme un paysage, une poŽsie o le lecteur doit faire lĠeffort de lier tous les ŽlŽments comme on lie entre eux des indices, afin dĠen dŽgager les sens souvent multiples – une poŽsie donc o lĠimplication du lecteur est singulire, puisquĠil lui ait demandŽ, en quelque sorte, de finir le pome. 

Mais je pense en effet quĠil y a un espace o le lecteur actif et lĠauteur se rejoignent – puisque cĠest le lecteur qui fait lĠauteur. 

Ë ce titre, on peut dire que tout le monde se retrouve autour dĠun Žtabli, car il faut des outils pour fabriquer des outils. Lˆ aussi lecteurs et auteurs se rejoignent.

Et oui, tous Žtablis ! Car je pense quĠil est important de ne jamais tre lˆ o on nous dit dĠtre, et de prendre sa place ici o on ne nous veut pas ; et dĠtre, toujours, les trublions qui empchons de penser en rond, afin :

-       de saboter les machines dĠenfermement quĠon nous propose – et que sont la plupart des gestes artistiques produits pour nourrir cette culture du confort qui nous est imposŽe – quĠil sĠagisse de cette culture de masse visant ˆ dŽtruire toute invention populaire, ou encore de cette culture pseudo-Žlitiste imposŽe par une classe moyenne, qui trouve dans cet espace crŽŽ de toutes pices hors du monde un moyen dĠexercer son pouvoir ;

-       de bricoler nos propres bibliothques mentales, de celles qui visent non pas ˆ consolider des pouvoirs, encore moins ˆ les remplacer par dĠautres pouvoirs, mais ˆ les dŽtruire systŽmatiquement, minutieusement, joyeusement.

 

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