Billet Ç Gens dĠici È : les jeunes des quartiers populaires

(sŽance Qui-vive du 28 fŽvrier 2013)

 

JĠai 21 ans et jĠhabite prs de Saint-Denis.

JĠai dĠabord ŽtŽ menuisier. JĠai suivi un cursus scolaire normal jusquĠˆ la troisime. Aprs le Collge, je voulais faire un BEP en mŽcanique automobile (avec maintenance motocycle) mais jĠai ŽtŽ mal orientŽ par la Conseillre dĠorientation. Elle mĠavait demandŽ ce que je voulais faire. Je le lui ai expliquŽ. Elle mĠa dit : Ç Bon, demande alors MSMA (maintenance des systmes et mŽcaniques automatisŽes) ! È. Je lui ai fait confiance et je me suis dit : Ç CĠest bon ! È. JĠai inscrit en premier choix MSMA au lycŽe de Noisy-le-Sec, puis en deuxime choix MSMA ˆ un autre lycŽe, et enfin en troisime choix BEP vendeur (cĠŽtait seulement pour complŽter la liste).

Mon premier vÏu a ŽtŽ acceptŽ et jĠŽtais tout content.

Le premier jour dans le lycŽe, on a visitŽ les ateliers et jĠai demandŽ ˆ mon professeur : Ç Mais o sont les voitures ? È. Il Žtait tout ŽtonnŽ : Ç Quelles voitures ? È. Je lui ai expliquŽ. Il mĠa dit : Ç Mais ce nĠest pas ici la mŽcanique automobile ! È. CĠŽtait en fait un travail dĠusine, avec de grands panneaux Žlectriques ! JĠŽtais dŽgoutŽ. Il y a eu dans ma classe trois ou quatre autres personnes qui ont ŽtŽ ainsi mal orientŽes comme moi par cette mme ConseillreÉ

Pendant le premier trimestre, jĠai eu de bonnes notes : 14 ou 15. Pareil pendant le second. Et puis le troisime trimestre, jĠai sŽchŽ les cours : je nĠŽtais pas intŽressŽ.

Un stage dĠun mois Žtait prŽvu en juin. On pouvait le faire dans nĠimporte quelle spŽcialitŽ. Je lĠai fait dans une sociŽtŽ de menuiserie. Et cela mĠa intŽressŽ.

La sociŽtŽ mĠa alors proposŽ de faire un CAP de menuiserie. JĠai acceptŽ et jĠai passŽ mon CAP en deux ans. Ensuite la sociŽtŽ mĠa proposŽ de continuer par un BP, toujours de menuiserie. Je lĠai commencŽ. Au bout de six mois, je suis parti continuer mon BP dans une autre sociŽtŽ. Mais cette sociŽtŽ mĠa fait en rŽalitŽ travailler comme simple commis. JĠai craquŽ au bout de trois mois ; jĠai ŽtŽ dire au patron quĠil mĠavait pris pour un BP de menuiserie et que sĠil voulait embaucher un manutentionnaire, il pouvait le faire, mais que ce ne serait pas moi. Il mĠa rŽpondu : Ç Si tu nĠes pas content, casse-toi ! Je trouve un autre que toi ds demain. È Je suis donc parti ds le lendemain.

Le problme est quĠil a refusŽ ensuite de signer la rupture de mon contrat dĠapprentissage ce qui fait que je nĠai pu reprendre du travail chez un autre patron : jĠen avais trouvŽ un nouveau en septembre mais il mĠa dit quĠil ne pouvait signer avec moi un nouveau contrat car jĠen avais toujours un en cours ! JĠai ŽtŽ bloquŽ comme cela pendant un an. Au bout de ce temps, lĠŽcole qui encadrait mon BP a menacŽ mon ancien patron dĠaller aux PrudĠhommes et il a alors enfin signŽ la rupture du contrat dĠapprentissage en janvier 2012. Mais, pour moi, cĠŽtait trop tard : jĠavais dŽjˆ pris contact avec une association sĠoccupant dĠautistes, je commenais dĠy travailler et jĠai refusŽ de reprendre mon BP.

 

Je viens dĠune famille du Nord de la France. JĠy ai vŽcu jusquĠˆ mes quatre ans et je suis ensuite parti avec ma mre dans la rŽgion parisienne o jĠai fait ma scolaritŽ, sauf pendant ma troisime o je suis reparti dans le Nord (mon pre et ma grand-mre y Žtaient restŽs) car jĠavais eu des problmes dans mon collge de banlieue. Ma quatrime a ŽtŽ catastrophique mais ma troisime sĠest bien passŽ lˆ-bas. Je nĠai quand mme pas rŽussi ˆ avoir le Brevet, et cĠest lˆ que la Conseillre dĠOrientation mĠa jouŽ ce tour.

 

JĠai entendu parler de lĠassociation par un ami. Il mĠavait parlŽ dĠune colonie de vacances pour autistes. JĠŽtais intriguŽ et intŽressŽ. JĠai toujours voulu faire animateur et jĠavais dĠabord envisagŽ de passer un BAFA mais je me suis finalement orientŽ vers le CAP de menuiserie.

Ce qui me plait dans la menuiserie, cĠest que cĠest un travail manuel, ce nĠest pas un travail de bureau. On y travaille avec ses mains.

Il y a deux sortes de menuiserie : celle qui travaille le bois massif, et celle qui se passe sur les chantiers. CĠest celle-ci que je pratiquais : on pose des parquets, des fentres, des portes ; on ponce, on vitrifie, etc.

JĠaurais pu continuer ce mŽtier sĠil nĠy avait pas eu pour moi cette rencontre avec lĠassociation. CĠest vrai que sur un chantier, cĠest toujours un peu la galre, mais jĠaurais pu continuer. En mme temps, je ne trouvais pas de travail ˆ lĠŽpoque dans ce mŽtier, mon BP nĠŽtait pas terminŽ, et lĠassociation est arrivŽe dans ce contexte.

Quand jĠai connu lĠassociation, elle mĠa proposŽ une journŽe de dŽcouverte.  JĠai fait cette premire journŽe en semaine avec un responsable et un jeune autiste. Ce jeune Žtait quelquĠun de trs costaud. Je le vois dans la voiture : il fait plus de deux fois mon poids, il ne parle pas. Je ne comprends pas, jĠapprŽhende. Le responsable propose dĠaller au Palais de la DŽcouverte. On se gare en sous-sol : le jeune ne veut pas descendre ! Que faire ? Je ne sais. Le responsable dit : Ç on va ailleurs È. On est parti vers un parc en plein air et lˆ, le jeune est descendu.

Tout cela Žtait bizarre : je vois son handicap mais je ne le comprends pas bien. En mme temps, cela mĠintŽresse et jĠai envie dĠen savoir plus. Et comme je lĠai dit, jĠŽtais dŽjˆ intŽressŽ par lĠanimation.

Je fais ensuite deux semaines de stage : cĠest un travail bŽnŽvole pour voir si cela tĠintŽresse toujours.

Pendant ce stage, jĠai vu beaucoup dĠautistes diffŽrents, avec des pathologies diverses. JĠai tout de suite kiffŽ ! Je me suis dit : Ç la menuiserie, cĠest terminŽ ; je me lance lˆ-dedans. È. De toutes les faons, continuer dans la menuiserie, cela nĠaurait pu se faire quĠau noirÉ

Ce qui mĠa intŽressŽ, cĠest que cĠŽtait un public trs diffŽrent. Je me suis dit : Ç peu font a, peu sont capables de faire a ; cĠest un travail dur ; on ne sĠy ennuie pas. Moi, je me sens capable de le faire. Autant les aider tout en mĠaidant moi. È

Et cĠest comme cela que cĠest parti et que je suis entrŽ dans lĠassociation.

Il faut dire que jĠaimais beaucoup lĠambiance dans lĠassociation. Cela, plus le fait dĠaider, plus le fait de comprendre, tout cela faisait que cela mĠintŽressait.

 

JĠai ŽtŽ ensuite embauchŽ et envoyŽ dans un IME (Institut MŽdico-ƒducatif) qui venait de voir partir un Žducateur et qui avait besoin dĠun remplaant en attendant dĠen embaucher un autre. Je suis arrivŽ lˆ-bas en me considŽrant comme un simple stagiaire mais on mĠa tout de suite considŽrŽ comme si jĠŽtais ˆ la limite un Žducateur. Je me suis dĠabord senti dŽbordŽ par les ŽvŽnements ; je me disais : Ç cela fait dix ans quĠils font cela, et moi je viens dĠarriver ! È. JĠai ŽtŽ un peu ŽtonnŽ mais les autistes dans cet IME Žtaient beaucoup plus calmes que ceux de lĠassociation et pour moi, cela me semblait reposant. Je me suis dit : Ç heureusement que jĠai commencŽ par lĠassociation pour finir – si je puis dire ! – lˆ-bas car cela me semble presque comme un jeu dĠenfants ; si par contre on commence par lĠIME et quĠon finit par lĠassociation, il doit y avoir de quoi se tirer une balle dans la tte ! È. Ë la limite, je mĠennuyais tellement cela me semblait facile. Et jĠavais lĠimpression de nĠavoir rien ˆ leur apporter. Finalement, je me sentais beaucoup plus ˆ lĠaise avec des jeunes en grande difficultŽ.

Je suis restŽ lˆ-bas trois mois. Le Directeur aurait bien voulu mĠembaucher si jĠavais eu mon dipl™me dĠŽducateur. Je travaillais du lundi au vendredi dans cet IME et le samedi ˆ lĠassociation.

Quand ils ont trouvŽ leur nouvel Žducateur dipl™mŽ, je suis revenu ˆ lĠassociation.

JĠai ŽtŽ ensuite envoyŽ dans un h™pital de jour car le jeune autiste dont je mĠŽtais occupŽ le premier jour devait le rŽintŽgrer : il en avait ŽtŽ rejetŽ car il avait ŽtŽ violent ; il avait plus ou moins tentŽ dĠŽtrangler quelquĠun et ensuite, il avait eu un comportement dĠautoviolence : il mangeait les murs et lĠherbeÉ Il faut dire que, dans ces institutions, les Žducateurs sortent des Žcoles avec plus de thŽorie que de pratique. Face ˆ des jeunes en crise, ils crient alors : Ç Houla-la ! È.

Ë cette Žpoque, dans lĠassociation je mĠoccupais de ce jeune dans la journŽe ; il sĠŽtait amŽliorŽ et jĠai donc ŽtŽ chargŽ de lĠaccompagner lˆ-bas dans son retour, pour quĠil ait ˆ ses c™tŽs une prŽsence familire.

Cela sĠest super bien passŽ pour lui. Il a bien rŽintŽgrŽ lĠh™pital. Mais au final, un mois aprs, ils nĠont pas voulu le reprendre. Il est alors revenu dans lĠassociation o il est toujours actuellement.

 

JĠai ŽtŽ ensuite envoyŽ dans un autre h™pital de jour pour mĠoccuper dĠun autre jeune autiste qui demandait une attention particulire. Ils ne pouvaient pas le faire tout seul car ils travaillent avec un Žducateur pout quatre jeunes. Il leur est donc impossible de sĠoccuper dĠun jeune qui pose problme.

Je ne connaissais pas ce jeune mais cela fait du bien de dŽcouvrir dĠautres ambiances de travail, de voir dĠautres structures. Je suis restŽ lˆ-bas deux ou trois mois. Ensuite, jĠai commencŽ une formation dĠanimateur.

 

JĠai fait alors la colonie de vacances comme animateur. JĠŽtais impatient de le faire et en mme temps jĠapprŽhendais : on me disait que cĠŽtait dur, que cela durait trois semaines de suite, quĠon travaillait de 8h du matin jusquĠˆ 21h le soir, quĠil y avait ensuite la rŽunion de bilanÉ

Je me suis occupŽ dĠun nouveau jeune ˆ la forte carrure qui fait deux ou trois fois mon poids. Il faisait beaucoup de crises par rapport ˆ la nourriture et au Coca-cola : il ne supporte pas de laisser des trucs ˆ moitiŽ vide ou ˆ moitiŽ plein (comme lĠon veut) ; il veut alors le vider, il renverse par terre nĠimporte o. JĠai travaillŽ avec lui sur a ; jĠai inventŽ pour cela des mŽthodes ; par exemple, je reversai le liquide dans des brocs transparents, comme cela il pouvait voir o en Žtait le niveau et cela le calmaitÉ

Je me suis bien entendu avec lui. JĠai bien eu cinq tee-shirts dŽchirŽs, et jĠai encore quelques cicatrices sur les mains de ses griffures, mais le lien avec ce jeune Žtait bon ; il venait souvent me faire des calins. Finalement, ses crises, cĠest ses crises, on fait avec.

Par contre, du c™tŽ de lĠhygine, ce jeune est super-autonome : il vit en province dans une structure organisŽe en diffŽrents pavillons. Il a un studio dans lĠun dĠeux et il sĠy occupe tout seul de beaucoup de choses.

Donc le sŽjour sĠest bien passŽ. Au retour, ses parents Žtaient trs contents. Pendant le sŽjour, je nĠai pas ressenti la fatigue alors mme quĠaprs la rŽunion du soir, on ne voulait pas se coucher tout de suite : on discutait, on jouait, on sortait. Au total, je me couchais vers une ou deux heures du matin et le rŽveil Žtait un peu dur ˆ huit heures. Mais, avec mon CAP, jĠavais lĠhabitude de me lever t™t.

Le sŽjour sĠest donc super bien passŽ. Par contre, arrivŽ ˆ la maison, jĠai passŽ deux jours sans bouger !

 

JĠai dit que jĠavais tout de suite kiffŽ en rencontrant lĠassociation. Ce qui mĠa plu, cĠest de pouvoir aider les gens, cĠest le fait que pas beaucoup de gens connaissent cela, cĠest lĠintŽrt pour la pathologie des jeunes autistes et lĠenvie de savoir pourquoi. Et je nĠavais jamais vu une ambiance comme celle de lĠassociation : on a la mme tranche dĠ‰ge, on rigole, on est comme des amis ; dĠavoir des collgues qui sont jeunes me donne envie dĠaller au travail.

De plus, quand jĠŽtais petit, ma mre travaillait avec des trisomiques. Ils me faisaient un peu peur. Elle travaillait dans un foyer. JĠallais de temps en temps la voir ˆ son travail et je voyais alors les trisomiques. Ou on croisait parfois dans la rue des adultes dont elle sĠoccupait. Ë la fois, jĠŽtais intriguŽ et jĠavais un peu peur.

ArrivŽ dans lĠassociation, tout ce qui mĠintriguait enfant mĠest revenu. Et jĠai une soif de connaissances, lĠenvie de comprendre ; beaucoup de pathologies sont aujourdĠhui bien connues mais pas celles de lĠautisme : pourquoi a vient, comment a vientÉ Sur tout cela, il y a plein dĠavis diffŽrents. JĠavais envie de me faire ma propre opinion sur tout cela.

Mais jĠavance au cas par cas, pas sur lĠautisme en gŽnŽral. JĠapprends pourquoi et comment tel jeune part en crise. On apprend ˆ conna”tre le jeune dont on sĠoccupe, puis dĠautres. Il y a beaucoup de cas. Ils sont tous diffŽrents et en mme temps, cela se ressemble, il y a un lien.

Je prŽfre tre formŽ sur le tas quĠen thŽorie.

 

JĠai dit que les aider mĠaidait aussi moi-mme car cela mĠa permis de travailler. Depuis mes 18 ans, je vivais hors de chez moi ˆ droite, ˆ gauche. Ce travail a ŽtŽ une bonne occasion pour sortir de la galre en faisant quelque chose dĠutile. Cela tombait ˆ pic.

Cela mĠa aidŽ car cela mĠa sorti de la galre en me permettant dĠavoir plus de connaissances. Je nĠy connaissais rien mais jĠavais envie de savoir. On a toujours envie dĠen savoir plus.

JĠai toujours eu envie de pousser mes Žtudes : dans la menuiserie, je voulais faire, aprs le BP, un BTS en architecture dĠintŽrieur. Maintenant, je voudrais, aprs ma formation comme animateur, faire une licence dans les Sciences de lĠŽducation.

Il y a toujours dĠautres techniques ˆ savoir. Dans mon mŽtier de menuisier, jĠŽtais spŽcialisŽ dans la menuiserie de chantier, et lˆ aussi on peut avancer : on peut passer par exemple ˆ la construction dĠescaliers (cĠest ce que jĠapprenais dans mon BP) mais aussi de meubles, de placardsÉ

Je ne mĠarrte pas ˆ mes acquis, sauf au Collge, car jĠavais la flemme.

Cela a commencŽ en CM2. En CM1, jĠavais tout le temps 18/20. Au CM2, je suis passŽ dĠun coup ˆ 0/20 car jĠavais la flemme dĠŽcrire les rŽponses aux problmes quĠon me posait : je lisais le problme, je connaissais aussit™t la rŽponse, je ne voyais pas pourquoi me fatiguer ˆ lĠŽcrire. Les professeurs sĠen sont rendus compte et ont voulu me faire sauter une classe mais je nĠavais pas envie de me retrouver tout de suite au collge.

Dans cette Žcole, ce nĠŽtait pas comme dans le Nord o 40% des professeurs considŽraient que ceux qui, comme moi, venaient de la banlieue parisienne, Žtaient de la racaille !

 

LĠƒcole, cĠest trs important. Mais cela marche en fait selon le professeur quĠon a : sĠil est impliquŽ, sĠil met tout en Ïuvre pour quĠon sĠintŽresse et quĠon travaille, ou sĠil est juste lˆ pour toucher sa paye. JĠai eu au collge (celui de banlieue) des professeurs qui sĠimpliquaient : en histoire, en mathŽmatiques, en franais. Mais les professeurs dĠarts plastiques ou de musique nous disaient : Ç Si vous voulez bavarder, allez au fond de la classe ! È au lieu dĠessayer de nous impliquer. Alors forcŽment, quand on a 14 ans et quĠon vous dit : Ç Si vous voulez bavarder, restez au fond ! È, on va au fond, on ne travaille pas et on ne peut pas sĠintŽresser.

LĠƒcole donc, cĠest trs important mais si on prend soin de nous intŽresser. En mathŽmatiques, jĠavais ainsi un professeur qui ne nous laissait pas bavarder. Il Žtait trs strict. Il ne nous laissait pas le choix. Alors on sĠy est intŽressŽ. Mais si le professeur sĠen fiche quĠon suive ou quĠon suive pas, alors on ne travaille pas.

En Histoire, jĠaimais bien mais cela ne mĠa pas donnŽ envie de continuer ˆ mĠy intŽresser.

 

Dans lĠenseignement professionnel, au CAP, cela changeait tout. CĠŽtait plus des formateurs que des professeurs. La relation est diffŽrente : on se tutoyait par exemple. Il y avait une relation de confiance. Ils nous prenaient plus pour des grands, et cela encore plus dans le BP de menuiserie. Ils nous disaient : Ç On ne vous a pas forcŽs ˆ tre ici. Vous avez demandŽ ˆ continuer vos Žtudes. È On Žtait comme des adultes. Cela donnait de bons rŽsultats.

Je me souviens dĠun professeur en dessin technique. CĠŽtait un jeune. On rigolait et on travaillait. Il nous intŽressait. Il choisissait des dessins techniques qui Žtaient en rapport avec ce qui plaisaient aux jeunes.

 

Mais tout cela ne marche pas pour tous les jeunes. Peut-tre que, comme dĠautres animateurs dans lĠassociation, jĠai plus dĠambition et de confiance en moi : je me dis quĠon peut rŽussir.

Le manque de confiance peut tre dž aux professeurs qui nous rŽgressaient en nous adressant la phrase-type : Ç si tu continues, tu vas finir comme Žboueur ! È. Moi, jĠai envie de rŽussir.

Beaucoup dĠautres galrent, ne travaillent pas, nĠont pas envie de travailler.

LĠassociation, elle, nous fait confiance : on nĠa pas de dipl™me, on nous forme sur le terrain, et cela nous pousse ˆ accepter une nouvelle formation.

Si on te dit dĠabord : Ç tu vas passer un an et demi ˆ apprendre ce quĠest lĠautisme, et aprs tu vas travailler avec ceux È, cĠest sžr que cela ne marchera pas. Dans lĠassociation, on commence sur le terrain, on voit le mŽtier et aprs seulement la thŽorie. CĠest la bonne mŽthode : la meilleure formation est sur le terrain.

Par exemple celui qui a un Bac gŽnŽral, qui fait ensuite une Žcole dĠŽducateur spŽcialisŽ, et ˆ qui on donne ensuite un CDI, il aura peut-tre fait un ou deux stages mais il sera sans expŽrience.

Si on a une pratique, on fait les choses. Peut-tre on ne sait pas encore pourquoi, on ne sait pas le comment, mais on peut le faire bien et cĠest le plus important. Aprs, on se forme ˆ la thŽorie.

Mais si on a la thŽorie et quĠon ne sait pas comment la mettre en place, on ne conna”t pas les gestes, cĠest bien plus compliquŽ !

Par exemple avec les jeunes, quand ils ont une crise, on arrive ˆ gŽrer mme si on ne sait pas bien le pourquoi. CĠest alors le rŽsultat qui compte. Si on a la pratique dĠabord, on peut ensuite se former ˆ la thŽorie, et se former ˆ la thŽorie est trs important. LĠinverse est bien plus dur : si jĠavais commencŽ par une formation dĠŽducateur spŽcialisŽ, si on mĠavait expliquŽ ce quĠest lĠautisme, cela ne mĠaurait pas intŽressŽ ! Ce qui mĠa intŽressŽ, cĠest de le voir de mes propres yeux.

 

Il y a bien sžr des jeunes que cela nĠintŽresse pas : ils viennent ˆ lĠassociation et ils repartent. CĠest peut-tre pour deux raisons : la premire, cĠest que le travail ne leur pla”t pas. Tout le monde ne peut pas aimer cela, tout le monde nĠest pas fait pour a. Ces jeunes recherchent leur voie. La seconde, cĠest que certains sont venus car on le leur a proposŽ mais en fait, ils ont fait semblant. Ils voient que le travail est dur, que la paye nĠest pas formidable. Ils ne voient pas ce quĠil y a derrire car ils cherchent en fait un travail simplement pour faire de lĠargent.

JĠai pas mal dĠamis qui sont plombiers, Žlectriciens, dans la vente ou au ch™mage et qui trouvent que, comme les autres animateurs,  je suis courageux. Ils disent quĠeux, ils ne pourraient pas : ils ne pourraient pas, par exemple, changer un adulte. Et quand ils me voient revenir avec des bleus, avec des griffures sur les bras ou le visage, que je leur dis quĠon travaille lĠŽtŽ du matin jusquĠau soir et quĠon gagne 800 euros, ils disent : Ç moi, je ne le ferais pas ! È. CĠest parce quĠils ne voient pas ce quĠil y a derrire.

Je prŽfre avoir une formation qui mĠest payŽe et un petit salaire. Cela a plein dĠinconvŽnients mais aussi plein dĠavantages. CĠest sžr quĠil faut aimer ; ce nĠest pas un travail quĠon peut faire simplement pour gratter de lĠargent !

 

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