Annoncer ƒgalitŽ Ô68

(27 juin 2013)

Franois Nicolas (rŽcitant) et Claude Parle (accordŽon)

 

Lab”d

 

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Lab”d 1

 

EffacŽs, campements dĠun jour et de toujours !

Sur Min‰, Ghawl, Rij‰m, lĠabsence est de retour !

 

Mis ˆ nu, le dessin des vallons dĠar-Rayy‰n,

ƒcriture ŽrodŽe au secret de la pierre !

 

Vestiges ! Tous ont fui ! Vide, esseulŽe, la terre !

Mois des hommes et mois de Dieu, passent les ans !

 

Passent les pluies, aubaine astrale du printemps,

Vivante ondŽe, patiente bruine, eau de tonnerre,

NŽes du cÏur de la nuit, dĠun matin sans lumire

Ou dĠun ciel aux Žchos de foudre, dans le soir !

Genet 1

La page qui fut dĠabord blanche, est maintenant parcourue du haut en bas de minuscules signes noirs, les lettres, les mots, les virgules, les points dĠexclamation, et cĠest gr‰ce ˆ eux quĠon dit que la page est lisible. Cependant ˆ une sorte dĠinquiŽtude dans lĠesprit, ˆ ce haut-le-cÏur trs proche de la nausŽe, au flottement qui me fait hŽsiter ˆ ŽcrireÉ la rŽalitŽ est-elle cette totalitŽ des signes noirs ? le blanc, ici, est un artifice qui remplace la transluciditŽ du parchemin, lĠocre griffŽ des tablettes de glaise et cet ocre en relief, comme la transluciditŽ et le blanc ont peut-tre un rŽalitŽ plus forte que les signes qui les dŽfigurent. [É] La page blanche, et chaque minuscule Žcart de papier blanc apparaissant entre deux mots sont-ils plus rŽels que les signes noirs ? Lire entre les lignes est un art Žtale, entre les mots aussi, un art ˆ pic. [É] Je le dis autrement : lĠespace mesurŽ entre les mots est plus rempli de rŽel que ne le sera le temps nŽcessaire pour les lire.

Lab”d 2

 

Le fenouil sur sa hampe a surgi, on peut voir

Aux versants les petits dĠautruche et de gazelle,

Tout juste nŽs, ˆ lĠombre de grands yeux fidles,

Et tout lĠespace ouvert ˆ leurs jeunes troupeaux.

 

Du camp reste un dessin mis ˆ nu par les eaux,

Comme un texte o la plume a ravivŽ les lignes,

Ou tatouage encor, quand la poudre ŽtalŽe,

Par cercles appliquŽe, en rehausse les signes.

Genet 2

La gloire des hŽros doit peu ˆ lĠimmensitŽ des conqutes, tout ˆ la rŽussite des hommages ; LĠIlliade plus que la guerre dĠAgamemnon ; les stles chaldŽennes que les armŽes de Ninive ; la colonne Trajane ; La Chanson de Roland ; le peintures murales de lĠarmada ; la colonne Vend™me, toutes les images de guerres furent exŽcutŽes aprs les batailles gr‰ce aux butins, ˆ la vigueur des artistes, ˆ la nŽgligence des rŽvoltes et des pluies. Demeurent seuls, les tŽmoignages plus ou moins exacts mais toujours excitants, accordŽs aux sicles ˆ venir par les conquŽrants.

Lab”d 3

 

JĠai fait halte, appelŽÉ Ë quoi bon appeler

Une ŽternitŽ sourde, au langage indistinct ?

 

Lieux jadis pleins, lieux nus, dŽlaissŽs au matin,

Inutiles fossŽs, Žtoupe ˆ lĠabandon !

Genet 3

Quand les marins perdus dans la solitude, le brouillard, lĠeau, les tangages perpŽtuels sĠŽgaraient, peut-tre avec lĠespoir de sĠy perdre, ils sĠŽgaraient aussi dans leurs dŽcouvertes verbales : brisants, finistres, dŽferlants, peuplades, baobabs, niagaras, chiens de merÉ cĠest ˆ lĠaide dĠun vocabulaire peu connu de leurs veuves remariŽes ˆ un sabotier quĠils raconteront des voyages que personne ne doit explorer sans peurs ni dŽlices.

Lab”d 4

 

Ta nostalgie revoit les femmes qui sĠen vont,

Les palanquins, abris de coton, les tentures

Qui claquent lˆ-dessus, les fines chamarrures

Sur le berceau de bois qui dĠombre sĠenveloppe.

 

Elles vont, les voilˆ fondues en un mirage,

Tels rocs et tamaris aux dŽtours de B”cha.

Ë quoi bon de Naw‰r entretenir lĠimage ?

Entre elle et toi, cordes ou brins, tout est rompu !

 

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